There’s nothing quite like a real book.
La librairie de Sean Ohlenkamp, à Toronto.
J’aime beaucoup la musique de Grayson Matthews.
Via Booketing.
There’s nothing quite like a real book.
La librairie de Sean Ohlenkamp, à Toronto.
J’aime beaucoup la musique de Grayson Matthews.
Via Booketing.
Réaliser qu’il était impossible de s’asseoir dans un nuage a été l’une des plus grandes, si ce n’est la plus douloureuse, déceptions de ma vie. J’y repense encore avec de vifs pincements au coeur. C’est à ce moment-là également que je me dis que Dieu ne pouvait décidément pas être au Ciel, car comment aurait-il pu vivre constamment en suspension – je n’avais pas encore saisi les concepts d’immatérialité et d’omnipotence divines, c’est bon, je n’avais même pas 10 ans, ne me jugez pas. Tout ça m’est revenu un matin, alors que je flottais avec volupté dans les gros flocons de mousse de mon gel douche à la fleur d’oranger. Je me suis de nouveau imaginée sautant de nuage en nuage, les fesses à l’air, me roulant dans les cumulonimbus, rebondissant sur les nimbostratus, dont la seule différence réside dans le fait que l’un s’étale plus que l’autre dans le sens de la verticalité, encore une information qui me sera fort utile dans les dîners mondains auxquels je me rends rarement, à moins d’être invitée.
Passant du coq à l’âne, comme à ma détestable habitude, oui, je trouve ça insupportable moi aussi, ne pensez pas que je ne remarque pas les soubresauts erratiques sur le fil de ma pensée, je me rappelai qu’il était vraiment très désagréable de se laver les dents au Colgate et à la Badoit, surtout après avoir bu du Brouilly. Enfin, je crois que c’en était. Ce sera tout pour aujourd’hui.
[Pour la petite histoire, je connais les cheminées de la photo depuis que je suis toute petite, et je pensais alors que c'était là qu'étaient fabriqués les nuages.]
Top 5 des plus belles paroles masculines qui m’ont été adressées en 2011.
1) « T’as d’beaux champs lexicaux, tu sais. »
2) « Tu dois être la 17 millionième plus belle femme du monde. Mais c’est un beau score. »
3) « Mais non, t’es pas grosse. »
4) « Je dirais que ta voix est… marrante, plutôt. »
5) « Je vous écoute. »

Je regarde le plafond et je pense fort à 2012.
- Tu as plus de cheveux blancs.
- C’est vrai. Tu trouves que j’en ai trop ?
- Un peu trop, oui.
- J’aurai la tête entièrement blanche à 40 ans, mon père était comme ça.
- Tu as pris un coup de vieux, aussi.
- Je suis fatigué.
- Moi aussi. J’ai vieilli ?
- Non, toujours pas.
- Je me demande quand ça va arriver. Je me cherche des rides et je n’en trouve jamais.
- Peut-être que ça va t’arriver d’un coup.
- Avec les cheveux blancs.
- Avec les cheveux blancs, oui.
J’aime beaucoup ces journées que je passe seule dans la campagne normande, dans cette grande maison au bord des vaches, je regarde les pommiers qui jaunissent, d’ailleurs mes doigts aussi on dirait, en fumant une cigarette, la main posée entre les pages d’un roman, le soleil sur le visage, je déambule enroulée dans une couverture, me demandant comment diable s’allume cette fichue lampe parce que je n’y vois rien bon sang, c’était mon petit orteil ça, non ? paix à son âme, c’était quoi ce bruit, une tronçonneuse, je suis sûre que c’est une tronçonneuse oh mon Dieu je vais mourir ah non c’était un meuglement ha ha je suis con.
Je vais toujours faire quelques achats en ville, à 6 kilomètres d’ici, c’est là que se trouvent les commerces les plus proches de la maison, un jour le propriétaire a dit à une amie enceinte, en parlant de l’hôpital le plus proche au cas où, que de toute façon, il y avait un très bon vétérinaire à V., pas d’inquiétude. J’ai pensé à la Vierge, du coup.
À V. il y a une petite supérette, avec une coccinelle sur la devanture, et toujours la même caissière. Contrairement aux virées au supermarché que je fais quotidiennement à Versailles, mes passages dans cette supérette me remplissent de joie puisqu’ils me réservent toujours une conversation des plus délicieuses à la caisse. Cette fois-là, une femme a demandé à la caissière si la maison qui était en vente là-bas sur la route avait bien appartenu à ses parents, et que maintenant c’étaient bien des Anglais qui s’y trouvaient, non ? Non, ce sont des Hollandais, mais le monsieur, pourtant très gentil, a du mal à se faire à la France, ils repartent en Hollande, que voulez-vous, des gens charmants, mais non la pente devant la maison n’est pas dangereuse, enfin, pas plus que n’importe quelle autre pente couverte de verglas, ça, hein, on n’y peut rien, mais mes parents y ont vécu des années, pensez-vous, ils ont construit la maison en 1979, Ah oui, ça fait 32 ans ! intervins-je, c’est mon âge, m’excusai-je avec un petit sourire, et la conversation se poursuivit quelques minutes, avec ma participation silencieuse, puis s’acheva avec le verdict de la caisse, 19 euros et 30 centimes, s’il-vous-plaît.
J’avais oublié le saucisson.