Mots-clé : angleterre

Non, je n’irai pas voir la mer.

J’y serais bien allée, pourtant, j’aurais enlevé mes chaussures, puis mes chaussettes (si jamais j’en avais porté, ce qui se fait rare au fur et à mesure que le printemps prend sa place), et j’aurais posé mes orteils sur le sable humide et froid d’une quelconque plage grise du Calvados. J’aurais foui doucement le sable avec mon gros orteil, sentant les grains sous mes ongles ébréchés au vernis écaillé couleur coquelicot. Puis je crois que j’aurais remonté mon pantalon, le retournant sur mes chevilles, après une hésitation, sur mes mollets, et j’aurais avancé vers les vagues, à tout petits pas. De la pointe du pied, j’aurais laissé une vague me lécher de ses papilles salées ; frissonnante, j’aurais laissé le froid s’emparer de mon pied lentement. Un sourire un peu malin aux lèvres, j’aurais sauté, dans un élan puéril, à pieds joints, dans l’eau verte à l’écume un peu jaune et senti mon pantalon se mouiller et se plaquer sur mes tibias. J’aurais peut-être ri, puis soupiré certainement. J’aurais relevé la tête, que j’avais baissé pour fixer intensivement l’eau, dans l’espoir très naïf d’apercevoir quelque chose à travers le liquide troublé, et j’aurais regardé au loin, soit vers l’Angleterre (ou vers l’endroit où j’aurais pensé qu’elle devait être), soit vers les terres normandes. J’aurais pensé à un thé bien chaud, à du vin blanc et à des crevettes (je ne mange pas de fruits de mer, je n’aime pas ça) (excepté les moules) (mais uniquement avec des frites). Mes chaussures à la main, je serais remontée vers une digue, m’y serais assise et aurais frotté mes pieds couverts par du sable collant, soufflant un peu parce qu’il reste toujours des grains, et ensuite ça gratte, alors c’est un peu agaçant. Mes pieds de nouveau bien au chaud, le sable crissant entre ma peau et le coton de mes tennis, j’aurais repris la route.