Je lis (du rock’n'roll)
« La Mata Horreur, remarquant peut-être ma distraction tandis que j’essayais de me protéger de la chute potentielle d’une grosse valise marron à roulettes (un engin tellement volumineux que je n’arrivais pas à croire que le personnel de bord ait pu l’autoriser comme bagage à main), valise qu’un énorme rouquin en sueur était en train de fourrer dans le compartiment à bagages le plus proche de ma tête, finit par détourner son regard excessivement heureux et commença à lire un petit dépliant beige. j’ai passé en revue les gens autour de moi. Certains d’entre eux se parlaient sur un ton empreint d’une douceur voulue, souvent par-dessus le dossier de leur siège, renforçant ma conviction que j’avais atterri en plein milieu d’une convention de je ne sais quelle obscure religion dont la Mata Horreur avait prétendu être membre. Elle remarqua mon intérêt, et sans la moindre réticence afficha de nouveau le sourire béat.
- Nous sommes des Bahaïs. Nous sommes nombreux ici. Elle gesticula avec désinvolture en direction de la grande masse de corps qui m’entouraient.
Je la dévisageais avec un demi-sourire artificiel, mâchonnant l’intérieur de ma joue dans un réflexe nerveux, lorsqu’elle se lança, sans y avoir été invitée, dans une présentation de la genèse de ses croyances avec une naïveté mécanique et bien rodée. Leur gourou, m’informa-t-elle, était un Iranien du nom de Baha’u'llah (1817-1892).
Elle me dit cela comme si c’était la chose la plus facile au monde à prononcer, comme Steve Martin disant « Anne Amelmahey », ou le cerveau disant « Dr Hfuhruhurr » dans L’Homme aux deux cerveaux. »
L’autre vie de Brian – Graham Parker
De l’orage, du Quincy, du bleu et de la cryptographie
Je n’ai pas tout compris à ma soirée d’hier. Je suis arrivée un peu tôt dans ce bar qu’on s’est mis à fréquenter je ne sais plus trop pourquoi, à part que j’y venais souvent il y a quelques années, et que je me suis rappelé que c’était un bar sympa avec des jolis garçons dedans, et qu’en plus il faisait tabac, donc bon, c’est pas mal.
Enfin bon, il faisait encore jour, ce qui n’est pas super étonnant étant donné qu’on vient de passer à l’heure d’été, ce que mon organisme n’a pas l’air d’avoir encore bien assimilé, vu le dynamisme de bigorneau que je me paie depuis ce week-end. Faut dire que je n’ai pas trop dormi du week-end non plus.
Comme je suis fumeuse, dès qu’il fait un peu beau, moins froid, ou qu’il y a du chauffage, je me mets en terrasse. Optimiste (idiote) comme je suis, je n’ai pas pensé que l’averse de 5 minutes que j’avais prise sur la gueule en sortant de mon rendez-vous serait suivie d’un orage. J’ai même ri au nez (dans mon téléphone) d’un pote qui avait tenté de m’avertir de cette éventualité.
Bah ça n’a pas loupé, je me le suis pris, l’orage.
Mais je suis quand même restée stoïquement assise à ma table, ne voulant pas lâcher ce que je considère comme le dernier bastion de liberté des fumeurs, la terrasse des bars, et d’ailleurs le premier qui me fait chier parce que ma fumée lui remonte au nez alors qu’on est à l’EXTERIEUR bordel, je lui mange les dents. Je faisais genre je ne voyais pas que plus ça allait, plus la moitié droite de moi-même devenait liquide. Je regardais mon verre, et je tenais mon livre ouvert (c’est « L’autre vie de Brian » de Graham Parker, c’est assez drôle), dont les pages se gondolaient un peu plus à chaque rafale. Et puis j’ai ri. Parce que je me fais toujours beaucoup rire quand je suis conne. Et j’ai trouvé une autre place, à l’abri, mais toujours en terrasse.
Ensuite mes potes sont arrivés, et il a fallu rechanger de table, parce qu’il n’y avait pas assez de place. On a retrouvé le serveur qui prend un malin plaisir à se foutre de nos gueules à chaque fois qu’on vient, et qui se rappelle de TOUT ce qu’on a commandé les fois précédentes, dans l’ordre, ce qui est plutôt pratique quand on a une mémoire défaillante, parce que du coup, il sait me dire ce que j’aime ou pas.
Ensuite d’autres potes sont arrivés, et on a encore du changer de table. Ce qui fait, compte bien lecteur attentif, quatre changements de table pour moi, oui.
Au final, on s’est retrouvés je ne sais pas comment à manger des tartines au bleu, et j’ai beau essayer de me souvenir de nos conversations, à part cette discussion passionnante sur l’analyse algébrique de problèmes et applications en codage et cryptographie qui pose notamment la problématique majeure de l’élaboration de techniques de cryptanalyse efficaces permettant d’évaluer précisément la sécurité des cryptosystèmes [quote Smwhr], je ne me rappelle pas vraiment.
Mais je suis encore plus fatiguée aujourd’hui.
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