Comme un poisson dans l’LOL
Ah, ah, vraiment, je suis drôle, quel titre merveilleux.
Je m’attends à une pluie de grenouilles, à voir passer une poule avec des dents, à deux ou trois cochons ailés, à une manifestation quelconque de divin courroux, mais voilà, je l’ai fait.
Je suis retournée nager.
Non, pas façon « Doux Jésus, que m’arrive-t-il ?! » comme l’année dernière dans le Grand Canal, lors du pique-nique républicain de Versailles (oui), lorsque j’avais été balancée à l’eau par des « amis » tel un vulgaire sac de poissons défraîchis, ni comme en juin de cette année, où l’envie subite m’avait prise d’aller exécuter un improbable ballet aquatique nocturne (je vous crois) (référence obscure) dans la Pièce d’eau des Suisses (toujours à Versailles) (cette ville a un sens de l’humour particulier).
Quand je repense à ce récent épisode, j’imagine d’ailleurs toujours un brochet croisant dans le fond vaseux, crânement chaussé d’une paire de Persol. Et ça me fait bien marrer.
Enfin, je suis allée à la piscine. Et je m’incline bien bassement devant la Congrégation des Feignasses dont je fais partie (à vie), pour ce manquement inexcusable à notre devise « ah la vache, le sport ça craint ». Si ça peut atténuer un peu mon châtiment, je ne me souviens absolument pas du nombre de longueurs de brasse que j’ai parcourues hier soir.
Je suis restée un peu plus de 45 minutes dans l’eau, ça je l’ai bien noté, mais il se pourrait très fortement que j’en aie passé 35 accrochée au bord, telle une moule désespérée à son rocher. J’ai d’ailleurs bien plus mal aux bras qu’aux jambes, ce qui corroborerait ma thèse.
Il faut dire que lorsque je suis dans l’eau, j’oublie tout. Je suis en suspension entre l’air et la terre, comme une Bajau, je n’entends pratiquement rien, je ne vois pas grand chose non plus (malgré mes lunettes de piscine high-tech) (je suis super bien équipée, j’aime bien me la péter quand je vais à la piscine) (j’ai un maillot de bain Adidas deux-pièces, shorty et brassière, j’ai trop la classe) (mais je sens que je m’éloigne de la beauté première du sport là).
L’eau a un double effet très paradoxal sur moi, je m’y sens bien, ça m’apaise, mais ça me détend tellement, que du coup ma vigilance faiblit, et que j’évacue malgré moi des tas de tensions. C’est un peu le même effet désinhibant qu’avec l’alcool. D’ailleurs, en sortant du bassin, j’avais l’impression d’être complètement ivre.
Je déteste que l’on vienne me déranger lorsque je nage, c’est pour ça que j’y vais seule, d’ailleurs, et tard le soir (la piscine ferme à 22h, j’ai une paix royale). Rien de plus horripilant qu’une copine qui m’entraîne dans un bavardage tellement prenant que sans m’en rendre compte, je me retrouve assise sur le bord à deviser très sérieusement des bénéfices incontestables que la raclette pourrait apporter à n’importe quel conflit géopolitique, si tous les peuples du monde daignaient s’asseoir et gratter le fromage tous ensemble autour d’une table en bois savoyard. Ce qui me donne invariablement envie d’en manger une dans l’heure, et gâche évidemment (puisque je le fais) tous les efforts produits lors de mon unique aller-retour dans l’eau.
J’étais donc très contente de moi, même si je suis incapable de savoir si j’ai fait 150 mètres ou 1 kilomètre à la nage, hier soir. Mais il faut y aller doucement, je ne me souviens pas du tout de la dernière fois que j’ai risqué des mycoses aux pieds dans une piscine municipale. J’ai acheté mon maillot il y a plusieurs années, et il est comme neuf, c’est dire.
Je retournerai nager chaque semaine (prions) dans cette piscine, elle est vraiment chouette, avec des super casiers gratuits, et il y a un mignon à l’accueil, en plus, qui a très élégamment fermé les yeux sur l’absence de justificatif prouvant ma nationalité versaillaise (ouais, il faut un passeport pour entrer dans Versailles).
Le seul truc qui y manque, instant nostalgie, c’est mon père me tendant un gobelet du chocolat chaud chimique du distributeur de la piscine où il venait me chercher après mes cours, quand j’étais petite.
